Dans la famille des noms à rallonge, Moshi, Kono Sekai ni Kami-sama ga Iru to suru Naraba n’est pas si mal placé. Abrégé le plus souvent en MoshiKami ou même If God Were to Exist in This World (parce que ça fait plus classe) cet otome développé par Rejet est sorti en 2016 sur PSVita. Avant toute chose, sachez que le jeu a une réputation épouvantable, non pas à cause du scénario, des personnages ou des graphismes. Non, If God Were to Exist in This World n’est pas un kusoge. Vous verrez souvent des reviews qui vous diront de rester loin de ce jeu. Je peux comprendre car les personnages ont des passifs extrêmement lourds ce qui donne au jeu une ambiance assez pesante et malsaine.

Cependant c’est aussi ce qui rend ce titre intéressant car il traite de problématiques de façon cohérente et mature notamment concernant le harcèlement et les violences sur enfants. Oui vous n’allez pas beaucoup rigolé en lisant cette review. J’ai moi-même eu du mal à l’écrire, ne sachant pas comment aborder les sujets du jeu. C’est pourtant un des éléments qui m’ont poussé à acheter le jeu, pour une poignée d’euros et de découvrir un jeu à la puissance narrative et émotionnelle sans pareille.

— Fiche technique —

Moshi, Kono Sekai ni Kami-sama ga Iru to suru Naraba.
Moshi, kono seikai ni Kami-sama ga iru to suru naraba
Développé par : Rejet
Date de sortie initiale : Février 2016
Classification : Cero D
Support : PSV

— Synopsis —

Haruka est une jeune lycéenne en apparence normale. Un jour, elle reçoit une lettre écrite par elle-même, quand elle était enfant. Pensant à une blague, elle découvre assez vite que ses amis d’enfance en ont également reçues. Malgré la peur derrière les mots, nos cinq amis décident de découvrir ce qui se trame alors que des évènements surnaturels surviennent dans leur quotidien. Leur monde se révèle en effet une bulle, un univers parallèle, crée par la déesse Izanami. Tout en affrontant leurs démons du passé, nos héros vont apprendre à devenir des adultes pour enfin retrouver le monde réel.

— Les personnages —

♣ Haruka Kurumi : L’héroïne de l’histoire. Haruka est une jeune adolescente timide et réservée qui aimerait vivre normalement. Malheureusement pour elle, les êtres du sexe opposés lui tombent systématiquement dessus, ce qui l’oblige à utiliser ses amis d’enfance comme garde rapprochée, seuls êtres masculins à ne pas la considérer comme un morceau de viande. Haruka cache une enfance particulièrement atroce. Elle ne se considère elle-même pas comme une femme…

Ace Sasanami : Ami d’enfance de Haruka, Ace est un garçon également assez réservé voire même taciturne, ce qui ne le rend pas immédiatement sympathique. Passionné par le tennis depuis son enfance, il rêve de devenir un jour un joueur professionnel. De ce fait, il a tendance à ne pas s’intéresser au reste du monde même si il reste un ami fidèle et sérieux. Il cache lui aussi un traumatisme d’enfance qui est responsable en partie de son comportement.

Neiji Yumikura : Egalement ami d’enfance de Haruka, Neiji est le bon vivant du groupe, toujours à rire et s’amuser. Il est doué en sport et particulièrement en course d’athlétisme, étant par ailleurs le membre le plus performant de l’équipe d’athlétisme du lycée. D’une bonne humeur contagieuse, il est apprécié par ses camarades. Il cache lui aussi une enfance dramatique.

Kyou Kamizato : Moitié américain et moitié japonais, Kyou est l’adolescent rebelle du groupe, conduisant une moto (bouh cliché !) et jouant les gros durs avec les professeurs et les élèves. Rassurons-nous, Kyou est un garçon adorable avec un côté très protecteur aussi bien envers l’héroïne que ses copains. Ses origines mixtes en font un garçon populaire auprès des filles mais il n’y tient aucun intérêt.

Sashino Shuri

Shuri Sashino : Ami d’enfance de Haruka, il est premier à se rendre compte que le monde de If God Were to Exist in This World n’est pas le vrai. En effet, Shuri possède une capacité étonnante de se souvenir de chaque évènement qu’il a vu et vécu. De ce fait, il est très vite décontenancé par les diverses boucles temporelles. En dehors de ça, c’est un garçon renfermé et solitaire qui tente progressivement de s’ouvrir aux membres du groupe.

Kurumi Masato

Masato Kurumi : le frère de Haruka. Oui ils ont osé. Avant que vous partiez les jambes en courant, Masato est en effet loin d’être un personnage sain. En plus de ça, il fait office de boss caché du jeu. Plutôt effacé dans les premières parties de routes des héros, il revient généralement sur le devant de la scène sur les True End où il ne se montre pas particulièrement sympathique. Masato est un personnage complexe, en proie à un traumatisme qui l’a mené à faire des choses atroces. Cependant, à l’inverse de nombreux méchants, il est pleinement conscient de l’horreur de ce qu’il a commis même si sa route est un calvaire.

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Hikaru, Akira et Shizuka Kuki : Ils ne font pas partie du harem de Haruka (quoi que…) et représentent les principaux antagonistes du jeu. En effet, nos héros se confrontent rapidement à eux. On apprend alors qu’ils sont responsables des évènements dramatiques dans le monde de If God Were to Exist in This World et que leur objectif est de réunir Izanagi et Izanami. Pourtant, chacun est confronté à ses propres choix personnels et se révèlent parfois être des alliés inattendus. La plus grosse déception est l’absence de route pour les trois garçons. Bon heureusement ils ont droit à leur Black Post Scénario ainsi qu’une place de choix dans la route de Masato.

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— Si Dieu existait dans ce monde —

If God Were to Exist in This World c’est une histoire complexe et pas tellement accessible à tout le monde. On y parle d’abus en tout genre sur enfants et notamment sexuels. Autant dire que l’échec du jeu tient plus de ses thématiques trop sombres pour le public plus que de sa qualité narrative ou de ses personnages. En effet, c’est aussi l’histoire de personnes qui ont vécus des traumatismes et qui tentent de continuer à vivre et à ne jamais céder aussi bien aux comportements déviants qu’à une existence enfermée dans la tristesse. De ce côte-là le jeu est brillant et les personnages réalistes et crédibles, aussi bien dans leurs réactions que leurs passifs.

Ce réalisme, aussi bien dans les caractères que les réactions rend les personnages poignants et on s’y identifie beaucoup. C’est l’énorme force du jeu en plus d’avoir construit un groupe de protagonistes fort. Sans parler de bromance pure, l’amitié qui relie les personnages est tout aussi naturelle que essentielle à la progression de chacun. L’important n’est en effet pas tant la destination, mais le chemin à parcourir. Le monde dans lequel évolue les personnages n’existe en effet pas et leur retour dans le monde réel est conditionné par le fait que chacun surmonte ses traumatismes ou non.

De la même manière que l’on critique souvent les comportements abusifs dans les otome games, If God Were to Exist in This World les dénonce et évite de transformer ses personnages en clichés ambulants. Très peu d’otome games dénoncent ces problématiques, préférant les user, parce que c’est aussi une notion de fantasme dans l’imaginaire otome. Et visiblement le public japonais aime la souffrance, les scènes malsaines puisque la mauvaise réception du jeu semble réellement venir de la volonté des scénaristes de dénoncer et de ne donner aucune justification à la violence sexuelle. Reste Masato, le frère de l’héroïne mais dont jamais, JAMAIS, le jeu ne lui donnera raison sur ce qu’il a fait. Brillant mais également traumatisant tant l’histoire nous terrifie.

C’est cette justesse aussi bien dans l’écriture que dans la narration qui fait de cet otome un OVNI du genre, s’affranchissant des codes habituels des otome games tout en n’oubliant pas de construire une romance naturelle. La qualité, aussi bien narrative, la puissance émotionnelle et l’OST en font réellement une oeuvre aussi exceptionnelle que tragique.

1 Gameplay (8)
5 FUCKING SECONDES. Vous êtes cramés chez Rejet.

— Le système —

If God Were to Exist in This World fonctionne comme un visual novel classique avec des choix de réponses, même si, plus on avance dans le jeu, plus de choix apparaissent et une partie d’entre eux doivent être répondu sur une durée limité (5 secondes. 5 PUTAIN DE SECONDES, ils sont fous chez Rejet). Le jeu est donc assez stressant puisque ces choix ne sont pas anodins et vont influencer les embranchements scénaristiques.

Comme pour Ken ga Kimi, chaque protagoniste a droit à deux routes et quatre fins. En réalité le système est bien plus complexe qu’il n’y parait car on peut considérer que chaque route possède deux faces qui font évoluer le scénario différemment, jusqu’aux évènements centraux. Le jeu est donc loin d’être court et chaque route dévoile progressivement le scénario pour en arrivant à la True End. Sachez aussi qu’en dehors de la common route, les routes sont toutes uniques pour les personnages, avec seulement quelques points de scénarios qui prennent, à chaque fois, une tournure très différente. Autant dire que c’est plaisant de voir que le concept de « visual novel » est exploité à fond. Sans parler du fait que vous serez constamment en stress face aux réponses de rapidité.

Pour le reste, le jeu possède également une partie cachée dans les options, à savoir les Black Post Scenarios. Ces textes, qui ne sont pas doublés, approfondissent les différentes révélations de scénario et sont loin d’être très drôles. Enfin, le jeu possède l’essentiel avec une galerie CG et de BGM.

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— Les graphismes —

Ce qui est bien avec Rejet, c’est qu’on sait qu’on aura un jeu de qualité. Sans atteindre la qualité des graphismes de Ken ga kimi (le chara-design aide beaucoup), If God Were to Exist in This World est un jeu très beau et soigné. Les sprites des personnages sont vivants et le trait, léger et coloré, est aussi très plaisant.

En revanche, je n’ai pas complètement adhéré au chara-design. Mais ça, c’est uniquement une constatation personnelle car les personnages sont vraiment bien dessinés et techniquement le jeu est tout simplement irréprochable.

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— Avis final —

J’ai eu beaucoup de mal à écrire une critique sur If God Were to Exist in This World, de part ses thématiques qui sont évidemment loin d’être joyeuses mais aussi parce que finir le jeu fut…éprouvant. Pourtant j’ai aimé le jeu, je l’ai trouvé très intéressant et les personnages ont le mérité d’être extrêmement crédibles, voire même réalistes. Les situations rencontrées sont loin d’être faciles à aborder, même d’un point de vue narratif et pourtant, les personnages en sortent vraiment grandis. Il y a vraiment eu un travail de qualité de la part de Rejet et il serait dommage de ne pas en parler, tant c’est ce qui fait de ce jeu un titre aussi étrange que intéressant.

En effet, pourquoi de pas aborder des thématiques violentes mais aussi sérieuses dans un otome game ? Je peux comprendre que cela révulse et que, si par ailleurs, on a connu une des situations rencontrées, on soit incapable d’y jouer mais bon sang ! C’est aussi ce que les otome games peuvent faire : à savoir raconter une histoire sérieuse, voire triste et construire une romance qui soit crédible et bien amenée. En cela, If God Were to Exist in This World le fait parfaitement. Evidemment, le jeu s’aide en faisant des protagonistes des amis d’enfance de Haruka mais au final les relations ne sont pas forcées et construites logiquement autour des personnages et de leurs propres traumatismes. Cette maturité de propos fait de ce otome game un jeu à part mais essentiel, tant il va plus loin que ses confrères et s’évitant ainsi tous les écueils du genre.

Evidemment, il reste un titre qu’on ne met pas en toutes les mains mais quand je vois le succès, voire même le plébiscite de certains otome games ultra violents voire même malsains, je me dis que c’est quand même assez grave. Je veux bien admettre que les relations niaises peuvent soûler (mais il en faut, parce que les otomes dramatiques, ça vaut deux minutes) mais d’un autre côté on passe tellement d’un extrême à un autre sans juste milieu, ni même remise en question voire même justifications de certains comportements que If God Were to Exist in This World, sans être une bouffée d’air frais, reste un pilier, fer de lance d’un chemin que les otome games peuvent emprunter sans tomber dans le graveleux ou l’outrancier.

Pour moi, on est clairement pas loin d’un chef d’oeuvre, qui le place auprès des plus grands visual novels du genre. Je ne m’attendais tellement pas à apprécier un otome game, non pas pour l’aspect « fangirl » mais uniquement pour son histoire et sa maturité. Parce que désormais, difficile pour moi de revenir à des otome games où les comportements violents sont normalisés quand If God Were to Exist in This World les dénonce.

— Bilan—

Histoire

Note : 4 sur 5.

Ecriture

Note : 4.5 sur 5.

Système de jeu

Note : 4 sur 5.

Graphismes

Note : 4.5 sur 5.

Bande sonore

Note : 5 sur 5.

Les reviews de If God were to exist in this world n’étaient pas exceptionnelles mais force est de constater que cela serait une erreur de s’arrêter à leur lecture. C’est probablement l’otome game le plus difficile que j’ai pu faire mais aussi celui qui prouve que l’on peut bâtir une histoire mature avec une vraie maîtrise de la narration. If God were to exist in this world ne laisse pas indifférent et mérite d’être découvert.

2 réflexions sur “– Otome Time ! – If God Were to Exist in This World

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