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Aujourd’hui c’est la journée confession. Ultra populaires, les otome games sur mobile ont explosés depuis plusieurs années. Le plus intéressant est de voir que ce ne sont pas seulement les japonais qui sont derrière ces titres : on y retrouve pléthore de jeux chinois, coréens et même américains ou européens (et même français). Tout le monde s’est lancé sur ce marché fort juteux et au potentiel inespéré. Sous la forme de freeplay ou d’épisodes payants à télécharger, les mobage, comme on l’appelle maintenant, ont le vent en poupe. Et pourtant, je n’aime pas ces jeux.

Un format économique pour mieux pigeonner les joueuses

La première chose que je leur reproche c’est évidemment leur format économique que je trouve être de la pure arnaque. Les freeplay sont souvent des purs pay to win, à savoir qu’ils demandent, de façon pas tellement subtils, de mettre des vrais sous dans la machine. Les jeux en épisodes payants ont l’air moins arnaque sur le principe puisqu’ils assument d’obliger le joueur à mettre des sous mais les sommes engagées restent importantes (de 25 à 60€). On croit faire une bonne affaire mais on se rend compte, du moins pour les quelques otome games que j’ai pu tester, que ça revient aussi cher que de payer pour un jeu complet. Derrière l’idée d’avoir un jeu à moindre prix on se retrouve invariablement à mettre autant, voire même plus d’argent dans la machine, sur un support de moindre qualité. Pour vous donner une idée, Princess Arthur et Toki no kizuna (sous le nom de Demon Bond) sont disponibles sur ce format mais il faudra débourser une somme colossale pour deux jeux disponibles pour une poignée d’euros…sur PSP.

La seconde chose qui me met en pétard c’est le nivellement par le bas de la qualité des otome games. Ben oui avec un tel format on ne peut pas s’attendre à avoir des jeux aux scénarios poussés. Le problème c’est que les mobage cartonnent et que les joueuses sont habituées à cette qualité et ne veulent pas réellement poussé l’expérience vers des jeux aux vrais scénarios. J’ai eu la crainte, il y a quelques années, de voir ce genre de jeux se généraliser et du coup de voir disparaître les otome games sur consoles et PC. Fort heureusement, la tendance ne semble pas trop s’inverser au Japon où la PSVita continue d’accueillir de nombreux titres, ainsi que sur PC. L’arrivée en Occident des otomes games sur ces plateformes a en revanche rencontré plus de problèmes dont nous reviendrons plus bas. Cependant, le marché des mobage ne cesse de croître, du fait qu’il est économiquement plus viable que les otome sur consoles/PC. Malheureusement, la tendance pour les otome games au Japon semble se dessiner vers ce support…

Non mais t’es malade, je vais pas mettre 30 balles pour lire du texte !

En effet, un peu trop habituées à ce format de pay to win, les joueuses ne sont pas forcément motivées à mettre 30 ou 40€ d’un seul coup sur un jeu, avec le risque qu’il ne plaise pas. C’est normal et quelque part je peux comprendre que le risque est assez grand. Enfin quand même, quand je vois que certaines ne veulent pas mettre une telle somme d’un coup mais sont capables de dépenser plusieurs centaines d’euros sur un jeu mobile…il y a de quoi péter un cable. Donc oui les visual novels sont des jeux où l’on…lit. Des romans interactifs. Avec des voix, des animations, des musiques. On oublie qu’un roman coute une vingtaine d’euros et que personne ne crie à l’arnaque. Sans compter le fait que les éditeurs de visual novels ne paient pas seulement un traducteur mais également des droits d’auteur sur les voix et la musique. Si vous croyez que les seiyuu prêtent gratuitement leur voix à des jeux ou des animes, détrompez-vous. Sachez également que les coûts de licence ne sont pas les mêmes sur tous les jeux. Tous ces frais font que la localisation d’un otome game est rarement facile, financièrement parlant. Taisho x Alice en a malheureusement fait les frais avec une localisation ratée.

On a même la chance, je trouve, d’avoir des éditions occidentales aux prix relativement abordables comparé au marché japonais. Là bas, un otome neuf sur PSV coute environ 40€, sans parler des Limited Edition. A côté, si on déplore le manque d’éditions physiques, les jeux ont un prix moyen de 30€ sur Steam sans parler des promos qui sont suffisamment nombreuses pour pouvoir acheter pour une poignée d’euros un certain nombre de jeux. Vous vous demandez d’où vient le soucis ? Et bien tout simplement parce que les mobage sont arrivés AVANT les otome sur consoles/PC en Occident. Les joueuses n’ont pas été habituées à payer un jeu entier alors qu’on leur en propose des « gratuits ». Ce qui explique en partie le semi-échec de Hakouki – demon of the fleeting blossom – arrivé en langue anglaise sur le sol américain en 2012. Tout le monde avait adoré l’anime mais est-ce qu’on était prêt à s’enfiler 50h de lecture ? Pas tellement.

Le visual novel, genre bâtard

Au Japon, le visual novel est un genre de jeu à part entière qui existe depuis la fin des années 80. En Occident, ils se rapprochent des films et dessins animés interactifs. Avec l’essor du support CD dans les années 90, les visual novels ont vu leur qualité technique évoluer avec un doublage pour les personnages, des musiques et même parfois des animations. Certains visual novels sont d’ailleurs de vrais dessins animés interactifs comme School Days. La majorité reste cependant sur une forme de romans interactifs avec des sprites (formes des personnages) relativement peu animés, des backgrounds et une fenêtre de dialogue. D’un point de vue technique, un otome game n’est pas ultra difficile à créer, ce qui explique qu’une masse conséquente d’eroges soient sous ce format. Pour revenir aux otome games, l’écrasante majorité reste des romans interactifs purs, certains vont parfois incorporer une dimension stratégique comme la série des Tokimeki Memorial Girl’s Side qui fonctionne comme un vrai simulateur de drague (assez complexe d’ailleurs). Il existe même des otome/RPG mais malheureusement ils ont l’énorme problème de prendre les joueuses pour des lardons avec une partie RPG très limitée.

Si le visual novel est un genre bâtard, c’est tout simplement car il est arrivé tardivement en Occident et a gardé l’étiquette d’un type de jeu de niche. Paradoxalement, les otome sur mobiles ont participé significativement à l’essor du genre visual novel, s’adressant à un public qui n’est pas essentiellement des fans de visual novels ni de la culture otome. Les visual novels ont cependant trouvé leur place, notamment sur la plateforme de jeux dématérialisés Steam. Une avancée considérable puisque les visual novels sont vendus parmi tous les autres genres de jeux. Reste cependant que la communauté est très ancrée dans la culture otaku. Les jeux ont en effet des design typiquement manga, des voix en japonais et des stéréotypes de la culture japonaise. Bref, si on n’est pas de base attiré par cette culture, difficile d’y accrocher. Je rajouterai cependant qu’il y en a pour tous les goûts autant au niveau du design, que des histoires ou des thématiques.

Immersion et attachement : succès des mobage

On le remarque souvent mais dans les otome games sur mobile, les héroïnes ont souvent un physique banal, parfois sans yeux. Tout est fait pour que ce « personnage » soit le plus invisible qui soit pour que la joueuse puisse prendre sa place dans l’histoire. Le succès des mobage repose en grande partie en la possibilité, pour les joueuses, d’avoir soit un avatar entièrement « blanc » soit de le personnaliser. En attendant, on évite les héroïnes charismatiques avec un passif et on se concentre sur les bellâtres qui composent l’entourage de notre personnage. Enfin de nous quoi. Il est vrai que les héroïnes d’otome games, même sur consoles, n’ont jamais beaucoup de personnalité et sont parfois considérées comme des êtres bancales. Rien de plus énervant de voir qu’elles n’agissent pas toujours comme on le souhaite. Tout ça pour favoriser ce qu’on appelle être l’immersion. En réalité la chose est bien plus complexe qu’une simple histoire d’immersion, c’est aussi pour permettre aux scénaristes de créer les situations les plus malsaines qui soient sans que l’avatar principal ne soit en mesure d’être choquée ou d’agir. Autant dire qu’on regrette assez vite…

C’est pourtant ce qui fait le succès des mobage où l’on doit s’attacher à des personnages masculins qui portent l’intégralité de l’histoire sur leurs épaules. Sans évidemment oublier que ce type de jeux exploitent tous les clichés des otome games avec des personnages qui sont de vrais stéréotypes sur pattes. On reproche parfois aux otome games de ne pas sentir des sentiers battus, c’est encore plus vrais pour ceux sur mobiles qui ne prennent aucun risque. Certains n’hésitent pas évidemment à la jouer « trash », se destinant à un public plus adulte et mature. Enfin, c’est vite dis car la maturité ne se retrouve pas tant dans le propos que de faire accepter aux joueuses des situations borderlines et pas vraiment consentantes. Ce qui a un effet assez dramatique, surtout quand certains jeux destinés à des jeunes filles mettent en avant des situations difficiles qui d’un point de vue moral ne sont pas simples à défendre. Derrière une simple histoire de pure immersion se cache un mal plus pervers où par ce biais, on peut faire accepter beaucoup de choses sans forcément les justifier, chose moins évidente quand les jeux ont un propos.

Les otome sur mobiles : nivellement par le bas de la qualité

On en vient à l’énorme problème des otome sur mobiles : leur qualité. Et oui, on parle d’un format de jeu sur mobile, souvent de format épisodique alors autant dire qu’on en attend jamais des scénarios fouillés. Le problème c’est que le succès de ces jeux poussent les développeurs à croire que les joueuses ne veulent pas de scénarios développés et qu’il suffit de mettre des beaux mecs et le tour est joué. La tendance semble malheureusement se confirmer car de plus en plus de développeurs, même au Japon, se tournent vers le marché du mobile, plus lucratif et moins couteux. En effet, développer un jeu sur PC ou sur console demande une certaine exigence autant dans la qualité graphique, les effets visuels et techniques que l’écriture. Si on peut passer sur le fait qu’un otome sur mobile soit non doublé avec des personnages qui vous regardent fixement avec leurs yeux de veau, c’est moins le cas quand on s’attaque à un otome triple A. On passe de moins en moins sur des déficiences techniques visibles de certains titres, tout simplement parce que certains ont montré une qualité exceptionnelle (par exemple Ken ga kimi). Sur mobile, le problème ne se pose pas, on est dans une logique d’aller au plus économique et les joueuses ne demanderont jamais plus que un chara-design soigné et de belles illustrations.

Niveau scénario c’est pas vraiment mieux. Si beaucoup de titres ne brillent déjà pas par leur qualité scénaristique, c’est encore pire sur les otome mobiles. On hérite, en plus de stéréotypes, d’histoires mal écrites, relativement courtes et bourrées de moments « mignons » pour cacher la misère. On joue aussi sur les quelques éléments trash pour donner le rose aux joues des joueuses et leur faire croire qu’on tient une oeuvre mature. Bref, tout est fait pour donner l’illusion de jeux de qualité et ainsi pousser les joueuses à débourser de l’argent. Et évidemment que ce soit en freeplay ou en épisodes payants, les tarifs présentés seront toujours plus avantageux que de payer pour un avoir un jeu en entier. Ce nivellement par le bas de la qualité scénaristique est aussi propice à une difficulté pour ce type de jeu à construire une romance un minimum crédible.

Conclusion

Les otome games sur mobile se sont imposés profitant de l’essor du mobage, notamment en Occident grâce à un format économique lucratif. Force est de constater son succès et le nombre de sociétés qui se lancent sur ce domaine est de plus en plus nombreux. Tout le monde veut sa part du gâteau. Pourtant, les mobages ont aussi leurs travers : un aspect « gratuit » flou, un nivellement par le bas de la qualité, que ce soit graphique, technique ou même d’écriture et, le plus grave à mon sens : la perte de sens du genre visual novel. Après tout, ce n’est pas pour vivre des aventures narratives sonores et visuelles que nous  y jouons ? Je les qualifient souvent de romans interactifs car ils sont pour moi une forme de lecture particulière, qui devient même un intérêt ludique. Dans mon domaine professionnel, on découvre de plus en plus de contes numériques où son, image et texte s’entremêlent pour raconter une merveilleuse histoire.

Le format mobile de ce type de jeu ne permet pas, à mon sens, de donner sens à des histoires. Evidemment, je ne blâme pas ceux qui y jouent et y trouvent de l’intérêt. Cependant, je ne peux que vous mettre en garde contre l’aspect gratuit bien souvent faussé par du contenu payant et l’importance de soutenir des otome games sortant sur console et PC.


Etes-vous d’accord avec moi ? Si vous jouez à des otome games sur mobile, quels sont ceux que vous appréciez et pourquoi ? 

3 réflexions sur “L’arnaque des mobages

  1. Oooh, mon dieu les mobages. Je suis globalement d’accord avec toi, et en tant que joueur d’otome qui ne pige pas un mot de japonais, je pense qu’il y a forcément un moment où tu vas te tourner vers ça. Par désespoir ou un truc comme ça. Quand je pigeais pas non plus un mot d’anglais et que les otome games m’attiraient, faut se dire que il y a pas mal de mobages traduits en français ( même si la traduction est dégueulasse. ) – et je sais pas trop pourquoi, je trouve que l’héroïne est encore plus fade en français -.En tant que français c’est un peu de ton seul choix. Et c’est de la grosse daube ouais. Mais quand t’as que de la nourriture dégueulasse à manger et que t’as faim, bah… tu la manges quoi.
    Après, la pluplart des mobages de Shall We Date c’est des portages non ? Est-ce qu’ils changent beaucoup de la version PSP niveau scénario et tout, est-ce qu’ils prennent des libertés?

    Les jeux de Dogenzaka Lab étaient de base des mobages, avant d’avoir été porté sur Steam ? Parce que je trouve les scénarios de leurs jeux vraiment ridicules et souvent les persos sont encore des violeurs.

    Ah, d’ailleurs ! Il y a un truc qui m’a vraiment choqué dans certains mobages. Le love interest qui est le plus mis en valeur est souvent… un connard narcissique qui a que son beau minois pour lui, et qui va humilier l’héroïne qui, elle, tombe amoureuse de lui en voyant ses beaux pectoraux… ?

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    1. Merci de ton commentaire 😀
      Malheureusement même au Japon, la tendance se tourne vers les mobages. Faut dire, financièrement ça doit être bien plus rentable qu’un otome sur console ou sur PC. Et je suis d’accord avec toi, les joueuses occidentales ont tellement l’habitude de manger du caca en otome que dès qu’on leur propose quelque chose de plus travaillé…ben elles n’en veulent pas. Après je suis consciente qu’investir dans une console de jeu ça peut freiner.
      Pour les mobage de Shall we date il y a un peu de tout. Il y’a effectivement de portages d’otome PSP mais il y a aussi leurs créations (qui ont l’air déguelasses en comparaison). Mais ça reste cher surtout que c’est sur smartphone…Autant sur console ou PC j’ai aucun problème à mettre 30 euros dans un otome game, sur smartphone ça relève de l’arnaque.
      Concernant Dogenzaka Lab, effectivement ce sont des mobages qui ont été portés sur PC et PSVita. Pareil pour les jeux de Opera House. Donc même si ça l’air sympa on sent très vite, rien qu’au niveau des graphismes et de l’écriture c’est niveau mobage. D’ailleurs j’ai une review de The men of Yoshiwara qui sort samedi prochain sur ce blog 😀 Et j’ai trouvé ça vraiment mauvais.
      Concernant les personnalités des personnages, vu que je ne touche pas à ce type je ne pourrais pas dire mais j’ai remarqué que c’était très souvent ultra clichés et qu’évidemment avec toutes les situations #balancetonporc mais qu’on fait passer pour de la romance.

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