Tsubasa no okai no hime, PC, 2011

Ecrire sur de la pornographie n’est jamais facile. On a toujours peur que ça sonne gras et graveleux. On a peur de choquer aussi. Pourtant, difficile pour moi de faire abstraction d’un pan entier du marché des otome games : leurs pendants érotiques. Et oui, même les femmes ont droit à leur dose de fantasmes ! Pourtant, si j’écris cet article, c’est pour vous mettre en garde. Vous pensez que c’est juste de l’érotisme gentillet ? Des relations belles et charnelles ? FOURBERIE.

J’ai bugué la première fois que j’ai découvert les otome érotiques. J’avais déjà bugué quand j’avais découvert les otomes tout court mais le choc était bien plus grand à l’idée d’apprendre que le romantisme venait de se faire méchamment buter. Je veux dire, suffit de jeter un coup d’oeil aux eroges pour mecs pour comprendre que le Japon a une vision de la pornographie très déjantée et où il y a peu de place pour la romance. Pourtant, au début, j’ai voulu y croire. J’étais naïve. Beaucoup trop.

Akazukin to mayoi no mori, PC, 2011

La première fois

Mon premier otome R-18 est Akazukin to mayoi no mori, un titre de Calameliatorte sorti en 2011. Je vous mentirais si je vous disais que j’ai détesté ce jeu. C’était mon premier du genre et j’étais conquise par les graphismes, le chara-design, la musique et l’univers. Je l’avais choisi car il semblait correspondre à mes goûts. On m’en avait présenté plusieurs, notamment les titres de chez Mirai mais j’étais moyennement intéressée. L’autre raison de ce choix c’est que l’univers fantastique permettait de mettre une barrière et que j’aurai moins l’impression d’être choquée. Bon je dis ça mais pour Jooubachi no oubou ça a beaucoup moins marché. Je crois surtout que j’étais encore dans une période de découverte et que je prenais un recul assez étrange vis-à-vis de ce genre de contenus. Curieusement, des années après, je n’arrive même plus, relevant à chaque fois les faits de violence comme étant trop difficiles à supporter.

Akazukin to mayoi no mori est violent et les scènes de viols sont quasi impossible à éviter, ce qui en fait, à mon sens, un otome R-18 qu’on ne recommande pas forcément à tout le monde. Là où dans certains titres, les scènes de viols interviennent lorsqu’on fait les mauvais choix, ici tout le monde décide de ramoner la pauvre Tiana à un moment donné. Pas évident de trouver à chaque fois des circonstances atténuantes quand les personnages deviennent des fous violeurs se jetant sur l’héroïne sans raison. Akazukin to mayoi no mori n’est pas le seul à s’embourber dans ces clichés du genre, rappelant aux joueuses que si on est dans un otome R-18 c’est aussi pour souffrir. Cependant, étant donné que c’était mon premier, j’avais une forme de naïveté vis-à-vis de la violence sexuelle.

PersonA – Opera Za no Kaijin, PC, 2012

Le viol, cette charmante idée

Ce qui met mal à l’aise avec les otome R-18 c’est les scènes de viol, difficile à échapper. On pourrait penser que c’est une option destinée aux plus masochistes mais en réalité, de nombreux otome érotiques n’hésitent pas à placer ce genre de scènes sans forcément que cela est de sens. Si encore c’était les bads ends, il suffirait simplement de ne pas les faire mais c’est beaucoup plus pervers. En effet, la joueuse d’otome game doit souffrir. On ne sait pas encore trop bien pourquoi mais quand ce n’est pas la mort qui vous attend au détour d’un chemin, c’est une tournante générale. On regrette presque d’avoir fustigé la violence d’un Black wolves saga ou de Diabolik lovers, pourtant connus pour ne pas faire dans la tendresse. Un conseil, chères joueuses, si vous avez été choquées par ces deux titres, ne vous aventurez jamais sur le chemin des otome games érotiques.

Il faut savoir que je fais partie de ceux qui ont engloutis des otome R-18 avant de se tourner, lorsque c’était possible, vers leurs adaptations consoles. Ce qui me gênait n’était pas tant l’acte sexuel en lui-même, qui quand il est fait d’amour et de consentement, n’est rien de plus qu’une belle scène érotique digne du cinéma. Non, ce qui m’a dérangé c’était les scènes de violences sexuelles, graphiques bien entendues. Loin de se passer derrière un mur avec des sous-entendus, les scènes de viols dans les otome games érotiques ont autant de place qu’une scène d’amour. Au-delà de l’aspect purement pornographique que représente l’oeuvre, on assiste, impuissant à un viol virtuel où l’on entend l’héroïne pleurer et demander à son bourreau de cesser. Ce dernier, dont les motivations sont floues, ne fera que aggraver la situation en se moquant où en humiliant notre personnage. On a vu plus sexy hein ?

Yoshiwara Higanbana, PC, 2015

L’écriture érotique et ses problématiques

Le problème avec cette violence sexuelle c’est qu’elle n’intervient pas toujours dans un contexte réellement compréhensif, à savoir que l’être aimé se transforme en un méchant loup qui nous dévore tout cru. Il y a une part de fantasmes qui n’est pas anodin et les otomes R-18 les exploitent sans aucun doute sous leur forme la plus viscérale. Là où certains titres essaient de construire leurs personnages pour les rendre violents avec des circonstances atténuantes, pour d’autres c’est juste l’incompréhension. Je reprendrais Akazukin to mayoi no mori comme exemple mais il n’y a jamais de circonstances derrière les atrocités que l’on voit à l’écran, à part peut-être pour Yamaneko. Et encore pour ce dernier, j’ai eu beaucoup de mal à cause de l’aspect machiavélique du personnage. Pour le reste, difficile d’avaler qu’un personnage en apparence gentil devienne un sérial violeur d’un seul coup. Croyez-moi ça arrive très souvent et dans mon cas, il a souvent fallu une grosse justification (quand elle était amenée) pour comprendre ces retournements de situations.

Les otome games ne bénéficient pas toujours d’une bonne écriture et il n’est pas rare de ne pas comprendre comment la situation peut dégénérer. C’est le principe d’ailleurs des mauvaises fins, pas aussi faciles à déterminer selon ce qu’on a pu faire. On relève pourtant souvent que dans beaucoup de jeux, la romance est mal amenée, mal construite ou même forcée, parce que le contexte ne permet pas toujours un rapprochement naturel entre l’héroïne et son harem. Dans un otome R-18 c’est encore pire j’ai envie de dire, vu que les joueuses attendent quand même d’avoir des scènes chaudes. On se retrouve alors avec des scènes de sexe qui ne semblent pas toujours consentantes, vu qu’elles sont amenées précipitamment dans l’histoire. D’où la sensation, à mon sens, d’avoir affaire à une violence sexuelle camouflée sous des bons sentiments et parfois même d’un certain déni.

Under the moon, PC, 2006

Sympathy with the devil

L’autre problème de cette violence c’est qu’il est parfois difficile de sympathiser avec les personnages, devenant tous des violeurs en série. Même le gentil peut virer yandere, sans de raisons valables. Et malgré les excuses et tout ce qu’on peut mettre pour expliquer un tel drame, difficile parfois d’être convaincue. Au début, je l’étais plus ou moins, n’étant pas habituée à ces « clichés ». Oui je dis clichés car les justifications de violence sexuelle deviennent souvent les mêmes d’un jeu à un autre. C’est peut-être le gros problème avec les otome R-18 c’est qu’à force, on croit de moins en moins aux justifications. On peine même à comprendre comment on a pu en arriver là. Au-delà des problèmes d’écriture se tient aussi un manque profond de sympathie envers les personnages.

On a en effet aucune bonne raison de les apprécier vu qu’ils font tout, mais absolument TOUT pour être détestables. On a bien envie de leur trouver parfois quelques excuses mais trop souvent la montagne de violence à laquelle on fait face nous oblige à vivre dans le déni. Oui, on subit, malgré nous, un beau syndrome de Stockholm dans la face. Là où ça devient carrément criminel, c’est de voir l’héroïne s’enfoncer dans un déni total de la situation de violence qu’elle subit. Il est déjà difficile de s’identifier à un personnage qui subit plus qu’il n’agit mais dans une oeuvre où le contenu sexuel est important, autant dire qu’on a un mal fou à comprendre l’inaction de l’héroïne. De même que la violence sexuelle est globalement bien minimisée pour faire avaler aux joueuses un peu tout et n’importe quoi histoire de rendre sympathique les personnages…qui ont tout de démons.

Koezaru wa akai hana, PC, 2012

La maturité c’est pas juste de la violence

Alors je le sais bien, je mets les pieds dans un sacré caca puisque parler de maturité, notamment dans ce genre de jeux c’est un peu…mal avisé. Cependant je suis obligé d’en parler parce que c’est peut-être ce qui pose le plus problème avec les eroges en général. Parler de sujets matures et difficiles relève de quelque chose de complexe à aborder dans ce genre de médias dont la portée purement pornographique est d’avantage importante que d’apporter une vision mature de la narration. Curieusement, ce sont les otome « tous publics » qui s’en sortent le mieux lorsqu’il s’agit d’aborder des thématiques matures, probablement parce qu’ils sont en dehors du cercle vicieux de la pornographie. Pour autant, il n’est pas ridicule de vouloir des oeuvres plus matures et aux thématiques qui nous interpellent vraiment. Heureusement certains titres réussissent avec brio à montrer une narration mature et intelligente, comme Yoshiwara Higanbana ou Chou no doku hana no kusari.

Cependant, la tendance actuelle des otome R-18 et plus généralement des otome games ne semble clairement pas se tourner vers la narration mature, privilégiant une violence assez bête et méchante au détriment de l’histoire. Il suffit de voir le succès de Jooubachi no oubou pour apprécier un recul assez évident de la qualité narrative et même romantique au profit d’une violence exacerbée pas toujours de circonstances. On appréciera toujours que l’univers soit cohérent avec ce qu’il prétend être mais il y a un pas entre une violence qui doit avoir lieu pour l’immersion et celle qui est juste là par pure fan-service. Même du côté des otome « tous publics’ on se retrouve parfois avec des oeuvres discutables en matière d’hyper-violence comme ce fut le cas avec Black wolves saga.

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Et les japonaises, elles en pensent quoi ?

Parce que tant qu’à faire, autant demander aux premières concernées par les otome games. Et bien selon un classement réalisé en 2016-2017, le top 10 des meilleurs otome games érotiques est :

1st Chou no Doku Hana no Kusari

2nd Koezaru wa Akai Hana

3rd PersonA Operaza no Kaijin

4th Sachi no Tenbin

5th Akazukin to Mayoi Mori

6th Enkan no Memoria

7th Ijiwaru My Master

8th Mashou Megane

9th Jinginaki Otome

10th Jooubachi no Oubou Kaguya Hen

Là j’avoue je suis partagée. Autant le Top 3 je suis globalement d’accord, les deux premiers ayant été réédités sur PSP, prouvant à la base que ce sont d’excellents otome games, en dehors du caractère érotique. Pour le reste…déjà ILEOU Under the moon ? Je veux dire, voir Ijiwaru my master dans le Top 10 c’est un peu too much. Le jeu est loin d’être nul mais il ne tient clairement pas la comparaison avec Under the moon. Ensuite, Akazukin to mayoi no mori arrive à la 5ème place, ce qui est une énorme surprise. Ce fut mon premier otome R-18 donc forcément c’est sentimental mais je ne pensais pas qu’il était aussi apprécié.

Enfin là où ça devient un peu plus difficile à défendre, c’est la 10ème place occupée…par Satan lui-même. Jooubachi no oubou 10ème c’est un peu la douche froide. Surtout qu’ils précisent bien que c’est Kaguya-Hen soit la partie la moins romantique de tout cet abominable jeu. De la même manière, on retrouve Mashou Megane, un eroge que j’ai du mal à qualifier comme un otome game étant donné son caractère complètement barré ne laissant pas tellement de place à la romance. Pareil pour Sachi no tenbin qui n’a que pour lui un superbe opening et un plot de départ intéressant. Force est de constater que la recrudescence d’otome games de plus en plus violents ne vient pas d’une lubie de certains développeurs mais réellement d’une volonté du public.

Chou no doku Hana no kusari, PC, 2011

Conclusion

En une dizaine d’années d’existence, les otome games érotiques se sont forgés une petite place loin d’être inconfortable malgré une production très éloignée, quantitativement des eroges pour hommes. Cependant, la cinquantaine – voire plus – de titres qui sont sortis montrent qu’il existe une demande pour ce genre de contenus. En revanche, il faut mettre en garde les quelques aventuriers de l’extrême : ce sont des jeux au contenus violents et sexuels à ne pas mettre en toutes les mains. Si les comportements abusifs sont souvent dénoncés dans certains otomes « tous publics », vous risquez de souffrir dans les otomes R-18 où la violence des rapports sentimentaux fait parfois froid dans le dos. Il est donc très important de prendre du recul et ne pas trop s’imprégner personnellement, au risque d’être sévèrement amoché psychologiquement. Pour avoir étudié les dégâts des contenus pornographiques, je peux vous assurer que ce n’est certainement pas pour rien que je vous mets en garde.

Je rappelle également que je ne ferais AUCUNE critique d’otome R-18 sur ce blog, pour les raisons sus-nommées. Il est difficile à mes yeux de défendre des jeux qui minimalisent les comportements abusifs et violents sans qu’aucune justification soit apportée pour expliquer le pourquoi de ce qui se passe.


Alors, avez-vous déjà joué à un otome R-18 ? Entre un jeu avec du contenu sexuel et un autre sans, que préférez-vous ? Quels sont les meilleurs titres du genre que vous recommandez ?

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