Souvent vilipendées, risées d’une partie du public, les héroïnes d’otome games ont la vie dur. Pour autant, est-ce qu’elles doivent être tenues responsables de ce qui leur arrive ?

Image de Une par SemiMage : son devianart

Répète après moi : « je suis une serpillère »

Curieusement, je n’ai jamais haïs une héroïne d’otome game pour la simple et bonne raison qu’il y avait forcément dans son harem quelqu’un qui méritait dix fois plus de baffes. Constatation faite que si une héroïne peut parfois être très idiote, les gars ne relevaient pas toujours le niveau, l’enfermant subtilement dans leur jeu de manipulation. Oui en général, la puputerie vient toujours des abrutis, pas de la cruche. Si vous suivez. Pour autant, il faut admettre que derrière la passivité agaçante de nos pots de fleur, se cache un mal plus insidieux. Je vous avais dis que les otome games avaient tendance à être assez machistes et c’est le cas. Un non sera toujours un oui. Point barre. De quoi réduire à néant des années d’éducation au droit qu’on a sur son corps. Et sa vie tant qu’à faire.

Oui il y a quelque part un côté malsain à cette situation qui peut aller très loin quand les gars virent sadiques ou psychopathes. On aimerait s’enfuir, prendre le premier avion ou même trouvé une sorte de porte-type « armoire du Le monde de Narnia » pour quitter certains univers bien trop glauques…Jamais les jeux ne proposent d’ailleurs la possibilité de fuir, comme si on était condamné à subir sans broncher ce qu’on vit. On a beau se dire que c’est de la fiction, c’est parfois difficile de faire abstraction de ça quand on vous traite comme un chien…

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Ken ga kimi, PSV, 2015

L’identification ? Mais oui bien sûr…

Les fans acharnées vous diront que tout ça c’est pour favoriser l’immersion. Comme si on pouvait s’immerger dans un univers où l’on se fait brutaliser voire même violer. Vous êtes gentilles, les fans, mais vous vous voilez la face. Le manque de personnalité n’a jamais été, à mon sens, force de représentation. Comme je l’ai expliqué dans le guide sur le choix d’un otome game, je n’ai jamais autant eu envie de ressembler à une héroïne quand cette dernière était dotée d’une vraie personnalité. Au moins, on comprend un peu mieux ses sentiments et la relation n’avance pas à sens unique. Parce que oui, le manque de personnalité conduit invariablement à une relation tirée exclusivement par le bon vouloir de sa cible…et du scénario.

C’est aussi pour cette raison que c’est difficile d’adapter un otome game en anime. Après tout, avec des héroïnes passives, c’est un peu compliqué de créer de la sympathie pour elles, d’autant plus quand elles se font malmener. On a l’impression d’être face à des idiotes qui mériteraient 100 baffes. Mais curieusement, plus on fait d’otome games, plus on se rend compte que le soucis n’est pas tant la personnalité assez effacée des héroïnes qui pose problème mais plutôt le comportement de leurs harems respectives. Il y a aura toujours des protagonistes masculins pour abuser – et pas que gentiment – de la crédulité de nos théières adorées. Et là difficile de parler d’identification quand on a envie de balancer la console à l’autre bout de la pièce alors que la cruche bien pleine fait ses yeux de veau à un abruti.

Diabolik Lovers – Haunted dark bridal -, PSP, 2013

Le malaise des relations amoureuses pas vraiment consenties

Le manque de personnalité des héroïnes conduit surtout à l’acceptation des frasques des protagonistes masculins, pas les derniers pour se montrer plus manipulateurs que de purs « lovers. Ainsi, derrière une histoire un peu trop étrange d’identification, se cache surtout une volonté de faire passer n’importe quel acte de violence pour un acte d’amour. Que ce soit simplement de la pression psychologique à des faits de violence physique jusqu’à l’effacement purement et simplement des souvenirs, tout est bon pour faire passer des mecs pas nets en princes charmants. Et croyez-moi, les baffes, vous allez les distribuer plus souvent que vous le pensez envers ces idiots, pas toujours charmants.

Bon je dois avouer, parfois ça passe plus facilement, notamment quand les passifs sont travaillés et/ou que le personnage assume clairement ses actes et change mais d’autres fois on reste figés sur place par la tournure des évènements. La tendance est que fournir au moins une explication du pourquoi de la violence semble parfois être surfait alors que bon c’est quand même pas inutile de fournir un peu d’émotion, histoire qu’on se sente un minimum concerné par l’histoire ô combien tragique du bellâtre…Et malheureusement, le plus souvent, on est condamné à devoir accepter les pires atrocités, fermant les yeux sur l’horreur de la situation. Bref, beaucoup d’otomes minimalisent clairement les violences.

Le difficile équilibre entre immersion et personnalité

Evidemment, il faut un juste équilibre et une héroïne pas assez identifiable est aussi un problème. Il y a même risque de rejet de la part des joueuses face à un personnage trop sûre d’elle ou qui ferait des choses…plus osées. L’exemple que j’aime bien citer est Vivianne, l’héroïne de Tsubasa no okai no hime, un otome R-18 sorti en 2011. Elle promettait tout autant que l’univers mais son comportement de…pute (à défaut d’autre chose) laisse pantois. On ne sait pas vraiment sur quel pied danser sachant que même lorsqu’on se décide à séduire un personnage, notre cher princesse se tape quelques autres spécimens en chemin. Autant vous le dire, niveau immersion, c’était un beau zéro pointé. Cependant le jeu était intéressant en proposant l’inverse de ce qu’on avait l’habitude de subir. Et j’avais envie d’y croire, d’autant plus que après m’être farcie les courges qui servaient d’héroïnes aux jeux Ijiwaru my master et Under the moon, j’avais besoin d’une protagoniste forte.

Malheureusement difficile de trouver un juste milieu et pour une raison pas toujours justifiée, on a le droit à bien plus souvent à des héroïnes au caractère effacé dont on aura plus de facilités à mettre dans des situations parfois compliquées, sachant qu’elle ne mettra elle, jamais de baffe aux malotrus. Alors, il faut parfois simplement faire abstraction de leur existence et apprécier l’oeuvre sans que ça détériore l’expérience. Mais même face aux pires choix à faire, on a mal pour notre personnage, encore plus dans les otome R-18 où les scènes de violences sexuelles sont difficiles à voir. On a beau se dire que c’est de la fiction, on a dû mal à se détacher d’autant plus qu’il faudra composer avec un beau syndrome de Stockholm qui rappelle que dans le fabuleux monde des otome games, tomber amoureuse de son bourreau et/ou de son violeur est une méchante tradition.


Dur d’être une héroïne d’otome game mais ne les condamnez pas trop vite, elles n’ont pas toujours les rôles les plus évidents et les gars ne font rien pour arranger la situation. 

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