Le CERO : la classification des jeux vidéo…au Japon

Si comme moi vous importez vos otome games du Japon, vous avez du remarquer des jolis sigles rappelant notre bon vieux PEGI européen. Le Japon appose effectivement un système de classification de ses jeux vidéo depuis le début des années 2000. Mis en place tardivement (avant ça, la seule différenciation était entre les jeux 18+, généralement pornographiques et les…autres jeux), le CERO fonctionne sur les mêmes bases que le PEGI. Ou presque. Regardons en détail :

Chaque lettre correspond à un âge requis pour jouer à un jeu. Les jeux classés Z ont la particularité de ne pas être un simple avertissement mais une interdiction et par conséquent, ils ne peuvent pas être vendus si la personne a moins de 18 ans. Du côté des otome games, aucun titre à l’heure actuelle a obtenu le CERO Z (ouf !). En revanche certains titres sont classés CERO D et donc déconseillés aux moins de 17 ans majoritairement en raison de leur contenu sexuel explicite mais non graphique (à la différence des eroges qui eux, propose du contenu graphique explicite). Il faut savoir que Nintendo, Microsoft et Sony refusent tout jeu à contenus exclusivement sexuel sur leurs consoles, ce qui explique l’absence de jeux érotiques sur leurs plateformes.

Le CERO a la particularité de ne s’appliquer qu’aux jeux sortis sur consoles. Les jeux sur PC répondent à une autre organisation appelée le EOCS. Cette dernière fut fondée dans les années 1990 suite à la polémique de la vente de jeux érotiques dans les magasins. En effet à l’époque les jeux étaient vendus sans avertissement au grand public. L’EOCS vise aussi à encadrer la vente des jeux sur PC en apposant sur chaque titre un sigle équivalent au CERO. On distingue en général trois seuils de classification : Tous Publics, R (15ans et plus) et 18+.

L’autre particularité de l’EOCS c’est que son système repose sur une interdiction de vente quand les sigles R et 18+ sont apposés sur les boites de jeux, cela afin de contrôler efficacement la vente de jeux à contenus sexuels. En effet, l’EOCS a été fondé par des développeurs issus de sociétés qui produisent des jeux érotiques. Leur objectif est donc de permettre à ce type de jeux de continuer à être produits sans être inquiétés par les polémiques qu’ils peuvent engendrer. Aux Etats-Unis, le sigle AO (Adult Only) a été crée spécialement pour les jeux dont le contenu est exclusivement destinés aux adultes.

Les otome games sur PC sont soumis à l’EOCS. En grande majorité ils sont classés All Ages même si certains titres comme Black Wolves Saga ont été interdits à la vente aux moins de 15 ans. Evidemment, les otome érotiques sont tous interdits aux moins de 18 ans. Il faut également savoir que la vente de jeux PC en dehors du Japon est très encadré suite à la polémique sur le jeu érotique Rapelay.


Voilà ce qu’on peut dire sur ce système. Si vous avez des questions, n’hésitez pas de les poser en commentaires ! 

Deviens une fougère : consentement et respect

Sur une idée de Sébastien Ruchet, je me décide à attaquer d’emblée un gros morceau. La notion de consentement dans les otome games et plus généralement la romance. Parce que oui, si on peut apprécier ce type de jeu, il faut garder à l’esprit qu’ils restent de la fiction pure et que les relations montrées ne sont jamais que du virtuel. Cependant, si au Japon les otome games cartonnent, c’est moins le cas dans le reste du monde depuis que le genre s’est ouvert à la localisation anglaise. En plus d’être un genre de niche (le visual novel), le public occidental n’a pas les mêmes codes que les japonais. Surtout en matière de romance.

Cet article est un essai sur ma propre vision des otome games et ne reflète que mon avis personnel. J’ai joué à plus de 70 jeux de ce type et croisé donc un paquet de situations. Je ne prétends pas avoir la science infuse et vous avez tout à fait le droit de ne pas être d’accord avec moi. Il est pourtant essentiel de revenir sur ce qui est actuellement le plus gros problème des otome games.

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OZMAFIA – vivace, PSVita, 2015

Le romantisme version Japon

Vous connaissez sûrement la fameuse culture du kabe don, technique de drague devenue une récurrence dans les manga shojo. En France, et plus généralement dans les pays occidentaux, cette technique est beaucoup moins populaire. Surtout ces derniers temps, allez savoir pourquoi. Si la place de la femme est au coeur de nombreuses problématiques, au Japon on ne peut pas dire que ce soit encore rentré dans les moeurs. Oui, on peut le dire, le Japon est un poil rétrograde. On ne va pas s’étendre sur le sujet-même car je ne le maîtrise pas mais sachez que non, ce n’est pas parce que il y a des manga shojo et des otome games que le Japon est conscient de l’importance des femmes dans leur pays. Pas d’un point de vue éthique non. Par contre, d’un point de vue marketing, c’est une autre histoire. Là où le bât blesse c’est que ces oeuvres à destination des jeunes filles et femmes adultes véhiculent bon nombre de clichés puants le machisme bien à la japonaise.

A ce stade vous vous demandez alors pourquoi j’aime les otome games si je critique autant. Et bien, on peut chercher simplement des histoires sympathiques avec des personnages intéressants sans forcément accorder une place prépondérante à la romance. En réalité, si je me suis intéressée aux otome games c’est parce que j’en avais un peu marre des visual novels destinés aux garçons, avec beaucoup de scènes explicites et une place de la femme encore plus misérable. En tant qu’individu de sexe féminin je suis donc allée chercher du côté des oeuvres pour femmes où pensais-je, j’aurai moins l’impression de me faire insulter. GRAVE ERREUR. Finissons par dire que pour comprendre les otome games et même les manga shojo, il faut donc être conscient que le romantisme montré est très typique d’une vision japonaise et éloigné de celle cultivée en Occident. Ou presque. (non je ne te regarde pas, 50 nuances de Grey…)

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On cherche le consentement à l’accueil…

Je vais commencer par ce qui m’a le plus gavée récemment dans un jeu traduit en langue anglaise : la notion de consentement. Le jeu en question est Norn9 : War Commons sorti sur PSVita. Le jeu semble pourtant très mignon de loin et il a été mon cauchemar, au-delà de ses problèmes d’écriture et de rythme. Un cauchemar appelé le consentement qui était visiblement absent de plusieurs routes et relevant d’un malaise palpable. Vous pourrez toujours me dire que je n’ai rien compris ou que je vois le mal partout mais sincèrement, c’est très rare que j’ai autant envie de taper la moitié d’un casting. Sauf dans les otome R-18 mais eux, ils foncent dans le tas du misérabilisme sexuel pour faire croire que c’est romantique. On y reviendra plus tard. Norn9 : War Commons est déconseillé aux moins de 15 ans au Japon et c’est certainement pas à cause de ses thèmes ou de la violence. C’est tout simplement que les gars abusent régulièrement de la naïveté des héroïnes ou force carrément la relation (coucou Itsuki, je te hais, je te déteste, je te maudis ! Va crever !).

Le pire dans cette histoire c’est qu’au delà de l’aspect cruche d’une des héroïnes qui essaie de se donner des excuses à base d’incompréhension de la vie en général (excuse bidon en principe, mais ça change de l’amnésie…oh wait), on a le personnage féminin « fort » du groupe qui se fait pourtant malmener de la façon la plus outrancière. J’aimais beaucoup Mikoto mais ses routes ont été un calvaire car elle accuse toutes les tares indécrottables du genre alors qu’elle est à la base une Watashi. Là où ça devient criminel c’est que Norn9 : War commons fait passer ses romances comme de la normalité, ne dénonçant jamais l’attitude de ses personnages. Ça craint un peu pour un titre qui bénéficie d’une traduction et seulement déconseillé aux moins de 12 ans chez nous.

Amnesia, Anime, 2013

Syndrome de Stockholm et clichés de relation

Vous l’avez sûrement vu passer celui-là car il est souvent utilisé dans les otome games. Pour en donner un exemple encore plus facile, La Belle et la Bête montre clairement un fait du syndrome de Stockholm. On a tendance à l’oublier avec le film de Disney mais c’est une réalité difficile à échapper lorsque on pousse un peu loin l’analyse. Dans les otome games, ben c’est assez récurrent aussi. Norn9 : War Commons le fait aussi mais je vais arrêter de taper sur ce pauvre jeu et massacrer un autre titre qui a fait beaucoup moins dans la subtilité : Amnesia : memories. Celui-là est particulièrement gratiné vu que la chose qui sert d’héroïne se fait enfermer dans une cage par un des garçons. On a vu mieux comme relation saine.

La palme de l’horreur revient aux otome R-18 où tomber amoureuse de son violeur est une récurrence…même en admettant que le jeu place un certain nombre de justifications au pourquoi de la chose, difficile d’accepter à chaque fois, quand en plus tout le casting le fait. Cependant, il y a une forme de vice, voire de fantasme assez inavouable derrière ces actes mais entre l’absence du consentement et une acceptation du pire, chaque nouveau titre devient de plus en plus difficile à défendre. C’est aussi pour cette raison que j’ai arrêté depuis plus de deux ans de jouer à des otome R-18. Parce si au début j’arrivais encore à mettre de côté l’idée que je vivais un viol virtuel en face de moi, plus le temps passait, moins j’arrivais à trouver des justifications. D’autant plus que jamais, pas une seule fois, il y a une dénonciation de ce qu’on a fait vivre à l’héroïne. Jamais.

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Under the moon, PC, 2006

Quand tomber amoureuse de son violeur est une norme

Je vois beaucoup sur Reddit des jeunes filles souhaiter que d’autres otome R-18 sortent en occident. A vrai dire, je me pose la question si elles sont réellement conscientes que dès que la barrière du sexe tombe, c’est rarement drôle ou simplement qu’elles préfèrent ignorer l’idée même qu’il y a du viol dans ces jeux. Pourtant, c’est assez simple de savoir dans quoi on met les pieds avec ce fabuleux site qu’est The Visual Novel Database. Les tags permettent de cibler, selon sa recherche, les visual novels avec des contenus spécifiques. Et autant vous le dire, si vous souhaitez cauchemarder, vous avez de quoi faire, d’autant plus que vous ne pouvez désormais plus jouer la carte de « je ne pensais pas que ça irait si loin ».

Donc oui, dans un otome R-18, c’est rarement la joie et j’ai un peu de mal à m’expliquer à l’heure actuelle comment j’ai pu apprécier un jeu comme Akazukin to mayoi no mori alors qu’avec le recul des années c’était vraiment navrant. En réalité, je me cache derrière l’excuse que c’était mon tout premier otome érotique et que par conséquent, je ne savais pas encore dans quel bourbier je mettais les pieds. Accessoirement, je ne relevais pas encore totalement les faits de violence sur les héroïnes. J’ai toujours eu une raison assez amère de me dire qu’elles le méritaient un peu à force d’être aussi naïves. Sauf que bon, au bout d’un moment, ça devient un peu idiot. Donc oui, la violence, qu’elle soit physique, psychologique ou sexuelle c’est de l’amour. Voilà, c’est dit. Je ne peux clairement plus taper sur la débilité apparente des personnages qu’on est censées incarner parce que il faudrait aussi frapper les protagonistes masculins.

Hakuoki – Shinsengumi Kitan – PSP, 2008

Le syndrome de la serpillère

Je vais être assez succincte parce que j’en parlerai dans un article entier une prochaine fois mais derrière la notion de consentement il y a aussi ce que j’appellerai communément le syndrome de la serpillère. A savoir qu’une héroïne ne dira jamais non ou alors si elle le dit, ça veut dire oui. Et croyez-moi je mets les pieds dans un bourbier encore plus dramatique et je m’en tiendrais que à la fiction qui pourtant vient éclabousser ce qu’on essaie d’inculquer : le respect de la parole d’autrui. Et ça, dans les otome games, le respect est une notion complètement absente, bafouée et on tente de faire passer ça comme une normalité. Pire encore, ce sont que certains otome games sont destinés à de jeunes adolescentes et que par conséquent, on leur donne une image assez désastreuse des relations sentimentales.

C’est donc ça le syndrome de la serpillère : s’écraser face aux mecs et ne jamais tenter de répondre, au risque de s’en prendre plein dans la tête. Quand on vous disait que le Japon était un poil rétrograde, c’était un doux euphémisme. Alors bon, heureusement, certaines héroïnes sortent des sentiers battues comme celle de Collar x Malice ou Saya de Asaki, Yumemishi. Reste cependant que nombre d’entre elles vont hériter d’une personnalité inexistante et d’une fâcheuse propension à se laisser faire lorsque la situation est pas vraiment sympathique. Autant mourir parce qu’on a fait une grosse bourde, ça passe si ça reste cohérent avec le scénario, autant se faire frapper, humilier et même violer pour avoir dit un mot de travers c’est un peu plus condamnable. Et malheureusement, du côté des protagonistes masculins ce n’est pas la fête.

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Diabolik Lovers ~Haunted Dark Bridal~, PSP, 2012

Monsieur Sadique rentre dans la danse

Il ne faut pas croire que toute la faute est à rejeter sur les potiches qui servent d’héroïnes. Les mâles gravissant autour d’elles ne sont pas mieux, avec des tares bien pénibles amenant une certaine violence physique ou psychologique pas vraiment nécessaires à la romance. Le plus dramatique avec les protagonistes masculins, c’est la tendance de l’histoire de systématiquement justifier leur violence, Jamais on ne remet en question leur propension à violenter les héroïnes. Et ça c’est quand même un vrai problème même si on fait passer ça comme des actes normaux. Dans les otome érotiques c’est encore plus dramatique car une bonne partie du casting va se mettre à violer l’héroïne pour lui prouver qu’ils l’aiment ? On ne sait jamais pourquoi mais c’est toujours déroutant de voir que en général, il y en a jamais un pour rattraper l’autre.

Un otome game avec de bons protagonistes ? J’aurai tendance à dire Ken ga kimi voire même Asaki, Yumemishi. Deux jeux où je n’ai jamais senti un danger imminent par les personnages. Bien pour ça qu’ils sont mes deux otome games préférés, car leurs castings respectifs respirent le respect. Et croyez-moi c’est plus que salutaire. Je nommerai aussi Collar x Malice qui propose un casting loin de virer sociopathe ou même OZMAFIA!!! où les reverse routes m’avaient d’abord pétrifiée sur leur concept avant d’être très justement traitées. Ouf ! Oui, on s’attend parfois au pire de la part de personnages qui, placés dans un rôle de mâle dominateur, vont s’acharner sur l’héroïne. En témoigne la violence très critiquée de Black wolves saga même si le contexte de violence trouve une certaine cohérence narrative.

Norn9 – War Commons -, PSVita, 2013

Et culturellement, ça vaut le coup d’en faire un foin ?

Reconnaître les trous béants du consentement et du respect dans les otome games, c’est un peu se tirer une balle dans le pied et mettre ce dernier dans un tas de fumier. Cependant, c’est aussi mieux comprendre le pourquoi d’un échec programmé pour un genre de jeu arborant une image de la romance très machiste. On aurait pu croire que parce que ce sont des oeuvres destinées à des femmes, elles auraient un meilleur traitement. Pas vraiment. Pas étonnant que pour nous, joueuses américaines ou européennes, le blocage se fait sur des comportements navrants et les réactions des personnages féminins allant à l’encontre de tout ce qu’on essaie de nous inculquer.

Il ne reste qu’à considérer les otome games comme des oeuvres fictives, s’y détacher le plus possible lorsque les situations de violences sont présentes et garder à l’esprit que c’est purement japonais. Cependant, il ne faut jamais, et je dis, jamais chercher à justifier la violence, qu’elle soit psychologique ou sexuelle, surtout quand un jeu n’en donne pas. Oui, vous avez le droit de tomber comme une mouche pour le psychopathe ou le sadique de service, mais sur ce que je vois régulièrement, on cherche facilement des excuses. Il y en a pas.


En conclusion, j’affirmerai qu’il ne faut pas attendre des otome games d’être représentatif d’une romance réaliste et prendre le recul nécessaire pour les apprécier.